Les dealers proposent des cartes de fidélités à Marseille

Les dealers proposent des cartes de fidélités à Marseille

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Yohann, 31 ans, dont quinze de consommation de cannabis au compteur, n’en revient toujours pas. Lui qui a plutôt l’habitude d’aller se fournir « à Bassens ou la Casté, les meilleurs spots », s’est rendu pour la première fois, il y a quelques semaines, à la cité Val-Plan (13e) à Marseille pour « toucher ». Dans le Petit-Robert des dealers et des acheteurs, « toucher » veut tout simplement dire « acheter ».

Après l’achat de trois barrettes de shit, un jeune dealer lui tend alors une petite carte. « J’ai carrément halluciné. On m’avait déjà offert des cigarettes, des briquets ou des feuilles pour rouler, mais il s’agissait d’une carte de fidélité. D’un côté, il y avait une sorte de grille tarifaire, avec les offres promotionnelles, de l’autre des cases vides prévues pour valider mes prochains achats. J’ai eu l’impression d’être à la pizzeria du coin », se remémore le trentenaire. Sauf qu’il ne s’agissait évidemment pas d’une pizzeria ni de la supérette du coin, mais bien du supermarché de la drogue de Val-Plan.

On peut lire les horaires de vente

Ce réseau est pourtant loin d’être aussi lucratif que ceux de La Castellane (16e), Bassens (15e) ou encore de son voisin des Lauriers (13e), où la police a frappé un grand coup lundi. Ce qui n’empêche visiblement pas ses têtes de pont de faire preuve d’une certaine créativité en matière de marketing. Cette fameuse carte est des plus informatives. On peut y lire les horaires de vente (de 11 heures à minuit) et le détail des offres, dont la « formule confort » : pour 50 euros de shit, le client reçoit un paquet de Marlboro, un paquet de feuilles OCB, et un briquet en bonus.

dealeurs à marseille

On y distingue aussi des formules de politesse qui, si elles sont maladroitement formulées, étonnent de la part de petits caïds : « Nous attendons de vous accueillir avec plaisir au centre du quartier, merci de votre fidélité ». « Ce truc, c’est très récent, mais ça a vite circulé sur internet et ça a fait un buzz de fou. Du coup, tout le monde vient au quartier pour voir ça de près. Ça amène de la clientèle en plus et ça fait parler de nous. Il n’y a personne d’autre qui propose ça, même si on ne le fait pas systématiquement », nous a expliqué hier matin, à Val-Plan, un proche du réseau.

Les habitants de cet ensemble de HLM, premiers témoins du trafic quotidien, sont, eux, abasourdis. « Ils n’ont qu’à faire payer par carte bleue tant qu’ils y sont, ou ouvrir un site d’achat en ligne. Ça ne me fait pas rire du tout, ça prouve bien qu’ici, tout est permis », lâche une jeune mère de famille. Si elle ne prête évidemment pas à rire, cette carte de fidélité de la drogue illustre la professionnalisation des réseaux qui, en plus de proposer cadeaux et ristournes, s’organisent sur le terrain comme de véritables commerces.

Des barrières pour filtrer les clients

À La Castellane (cité sous étroite surveillance policière depuis les événements du début d’année), des barrières de sécurité disposées stratégiquement dans les halls d’entrée et les porches filtraient la clientèle. Il ne manquait plus que les tickets numérotés pour faire la queue. En 2014, à Campagne-Lévêque (15e), la police avait saisi un tableau récapitulatif des marchandises disponibles.

Et si les animaux de compagnie sont interdits dans certaines enseignes de grande distribution, les dealers proscrivent eux, pour la plupart, l’utilisation du téléphone portable et le port de lunettes de soleil durant les « transacs ». Aux Micocouliers (14e), on n’hésite pas non plus à fouiller le client au corps et à lui faire ouvrir le coffre de son véhicule. Là s’arrête l’amabilité commerciale des dealers. Ou commence leur paranoïa. Car au-dessus de leurs têtes planent la menace de leurs rivaux et la pression de la police, qui les a plus que jamais dans le collimateur

source: La Provence